Couches (1685)
Archives Départementales 71 : G 772/30

Monseigneur l'Esvêque d'Autun ayant esté averty que les Réunis de Couches persistoient dans leur opiniastreté non obstant son application et les soins qu'il a pris pour les faire instruire a cru devoir encor envoyer expres quelques personnes pour les presser et les engager plus efficacement s'il estoit possible à satisfaire aux devoirs de Religion et au Intentions du Roy.
Deux de ses grands vicaires s'estant rendus audit Couches pour cet effet ont esté avec le sieur Curé dudit lieu dans toutes les maisons desdits Réunis qui sont au nombre de quatre vingt sept pour les exhorter à rentrer en eux mêmes, a penser sérieusement a leur salut et à profiter de la bonté et de la patiente du Roy s'offrant de leur donner tous les éclaircissemens nécessaires sur les doutes ou difficultés qui pourroient leur rester en matière de Religion.
Lesdits grands vicaires ont remarqués que la visite qu'ils leur ont faite chés eux ne produira pas l'effet qu'on en avoit espéré parcequ'on les a trouvés tous prévenus de la persuasion qu'on les laisseroit toujours vivre dans leur ancienne Religion s'imaginant que pourvueu qu'il demeurassent unis on ne pourroit se résoudre à leur faire aucune peine, se trouvant en nombre considérable dans les mêmes sentimens.
On a aussy reconnu sensiblement qu'ils estoient convenu de ce qu'ils devoient respondre scavoir 1° qu'ils n'avoient aucun doute sur leur Religion 2° qu'ils n'avoient pas besoin d'aucun esclaircissement sur icelle et qu'ils benissoient Dieu de la grace qu'il leur avoit faite de les y faire naistre. 3° qu'ils y vouloient mourir et qu'ils se repentoient d'avoir fait leur abiuration. 4° qu'ils ne vouloient point assister au service divin n'y aux instructions et enfin qu'ils ne vouloient pas non plus y envoyer leurs enfans.
Quelques uns neanmoins on dit qu'ils vouloient bien envoyer leurs enfans à l'escole mais non point aux catechismes ny à la messe et quelques instances et remonstrances qu'on leur ait faites pour leur faire connoistre leur erreur et leur désobéissance, ils ont toujours persisté dans les mesmes responses.
On s'est aussy aperceu qu'ils estoient dans la deffiance qu'on enleva leurs enfans, les ayant fait disparoistre et envoyé à la campagne aussy tost qu'ils ont sceu l'arrivée desdits grands vicaires de sorte qu'on n’en a pas trouvé un seul sinon deux petites filles aagées l'une de cinq à six ans et l'autre de sept à huit.
Plusieurs hommes aussy chefs de famille ne se sont point trouvés dans leurs maisons. On ne scait pas s'il ne s'en seroient pas absentés à dessein.
On verra cy après en destail ce qui concerne chaque famille.

LES MOYENS DONT ON CROIT QU'ON POURROIT SE SERVIR POUR OBLIGER LES REUNIS DE COUCHES A FAIRE LEUR DEVOIR.

On est encore obligé de remonstrer qu'on se plaint dudit sieur procureur du Roy de ce qu'il souffre la fréquentation des cabarets, les festes et dimanches pendant le service divin et que les boutiques soient ouvertes. On dit que luy mesme est plus ordinairement au cabaret que dans sa propre maison.
Les réunis de Couches sont d'autant plus coupables en persistant dans leur obstination qu'ils ont un curé estimé de toute la paroisse comme un homme de bien capable et qui prend tous les soins possibles pour les instruire tant par son exemple que par ses paroles. Il les visite souvent, s'offre à éclaircir leurs difficultés de sorte qu'ils ne peuvent s'empêcher de l'en louer et de l'estimer.

Année 1685


Retour la page précédente

Haut de la Page