Lettre de Monsieur l'Abbé Tribolet
et du Sieur receveur de Paray

(avant 1699)
Archives départementales 71 : G 773/25

 

 

Je reviens de Paray, Monseigneur selon vos ordres j'ay été voir tous les nouveaux convertis de cette ville et j'ay commencé par les sieurs Labatie et Boulé denommés dans la lettre de Monsieur l'Intendant.
Je ne trouvé pas le sieur Boulé, c'est un homme artificieux qui partit avec sa femme et sa fille durant le jour et s'en alla à Corbigny où il a du bien. Quand Monsieur l'Intendant de la généralité de Paris envoie quelqu'un à Corbigny le sieur Boulé vient à Paray et quand Monsieur l'Intendant de Bourgogne envoie à Paray, il va à Corbigny. Sa fille n'a jamais fait aucune fonction de catholique et comme ses parents ont plus de vingt mille livres de bien, soit à Paray soit à Corbigny, il y a de quoy payer pension aux religieuses.
Je ne trouvé par le sieur Labatie en sa maison. Je parlé à son fils qui est un jeune garçon de 14 ans, de bonne fisionomie mais qui ne va ny à la messe ny aux instructions.
Son père a fait ses Pâques. Il a surpris le curé de Paray qui est un bon homme et il communia dans l'ancienne paroisse qui a une chapelle déserte où il ny avoit que le Preste qui le communia et le clerc qui servit la messe. Cet homme passe pour être riche à plus de quarante mil écus. Il est officier du Roy aiant la charge de commis au grenier à sel de Paray et sa fille et son fils ne sont jamais venus à l'église. Une lettre de Monsieur l'Intendant qui ordonneroit au-dit Labatie d'envoyer son fils une fois toutes les semaines au R. P. Recteur des Jésuites, qui est un homme zèlé prudent sage et habile et qu’il envoieroit sa fille aux Religieuses de Paray de la visittation, car il ne faut pas les mettre aux Ursulines ou il ny a pas assés de Régularité pour édiffier des nouvelles converties.
Il y a à Paray un chirurgien qui trafique et qui a du bien nommé Viridé. Il a cinq enfants depuis l'âge de huit ans jusques à vingt . Aucun de ces enfants ne va ny à l'instruction, ny à l'église, ny à l'école des Cctholiques. Il a de quoy payer pension à sa fille aisnée en religion et on pouroit luy faire payer vingt (sols ?) pour chaque de ses enfants toutes les fois qu'il ne se trouveroient pas au cathécisme.
Il seroit bon de faire la même imposition sur tous les pères et mères de ceux qui manqueront d'envoier leurs enfants à l'instruction que le Père Recteur fera si V.G.(Votre Grandeur) l'ordonne avec bien du plaisir et j'ay lieu de croire que Dieu bénira son zèle et son travail.
Il y a un autre Viridé procureur et notaire qui fait bien son devoir mais il a trois filles dont il est grand père et qui demeurent ches luy, qui ne le font pas. Il a de quoy payer pension mais comme il m’a promis que ses filles iroient toutes les semaines se faire instruire à la visittation et que P. Recteur et Monsieur Michon se sont chargé de leur instruction, je me suis engagé de parole qu'on ne mettroit point ces filles en Religion de sitost et qu'on leur laisseroit le loisir de l'instruction ches leur grand père.
Il y a une fille de marchande. Sa mère s'appelle Bouillon, elle est veufve. Elle a de quoy payer pension et on pourroit faire mettre sa fille en religion jusqu'à ce que la fille fut instruite et que la mère fit son devoir.
Il y a beaucoup d'autres nouveaux convertis qui ne font pas leurs devoirs, qui sont pauvres ou du moins gens de mestier et je crois qu'il ny a pas de meilleur moien de les réduire, qu'à leur mettre une taxe chaque fois qu'ils manqueroient à l'instruction que fera le R. P. Recteur. On pourroit charger le Maire de Paray de veiller à l'éxécution des ordres de Monsieur l'Intendant car le substitut de Charoles demeure trop loing pour faire exécuter les dits ordres à Paray.
Je voudrois aussy qu'on défendit à une jeusne couturière nommée la Décand d'aller travailler dans les maisons où elle peut corompre beaucoup de gens et entretenir l'esprit de parti parmy les nouveaux convertis à peine de dix (livres ?) pour elle et pareille somme pour ceux qui la feront travailler dans les maisons avant qu'elle ait attestation de Monsieur le Curé ou du Recteur des Jésuites d'avoir fait son devoir de bonne catholique.
Un nommé Fanion, boiteux, frère de Fanion marchand chaudronier ne tient plus les petites écoles des nouveaux convertis parce qu'on lui en a fait deffence mais on dit qu'il va dans les maisons et qu'il fait le ministre. On m’a assuré qu'il se trouve les bonnes fetes dans une métairie nommée le branchet où il donne la coene à plusieures femmes qui sy trouvent.
La métairie appartient à Madame Granier la vielie qui est une femme de malédiction qui entretient le schisme et le désordre dans ce pays. Cette dame Granier est la mère du trésorier Granier, lequel est de pernitieux exemple aussi bien que sa femme et ses enfants. C'est le soutien du parti protestant. Il a trois grandes filles qu'il faudroit mettre en religion et comme les religieuses de la visittation de Paray n’en peuvent tant tenir et qu'il est bon que lesdites demoiselles Granier soient séparées il faut les mettre dans différentes villes. Il est bon de se souvenir de Granier le Trésorier qui demeure près de Paray qui scandalise le pays et non pas de Granier le Secrétaire dit des besons car le dit Granier des besons est le seul des nouveaux convertis de Paray qui fait bien son devoir avec son fils et ses filles qui sont les premières aux instructions et à toutes sortes de bonnes œuvres. Le peu de tems que j'ay resté en ce pays pour rendre compte à V.G. avant son départ ne m'a fourny que ce peu de lumières contenues dans ce mémoire encore, j'avoue que je les ay empruntés du Rev. P. Jésuitte, de Monsieur Michon Confesseur des religieuses de la visittation et de Monsieur l'abbé d'Amanzé, de Monsieur Bilier médecin, homme zèlé et de mérite et de Monsieur Granier des besons secrétaire.
J'ay veu tous les autres protestants et les ay invité à faire bien leurs devoirs, je vous en envoie le mémoire. 

 Voilà, Monseigneur ceux que j'ai veu, j'ai marqué en particulier ceux qui sont en état de mettre leurs filles en Religion et de payer pension.
Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, de Votre Grandeur le très humble et très obéissant serviteur.

 

 

 

 


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